Tranche de vie


Que nous reste-il quand le compte à rebour est commencer…”profite de chaques instants” me dit ton à tout les jours. J’aimerais tant pouvoirs en profiter si facilement…Mais regarder quelqu’un qui s’apprete à partir, c’est la chose la plus dure que j’aie eu à vivre de tout ma vie. Je me sens partir à la dérive. Un autre morceau de moi est en train de mourir et je n’ai pas la force d’arrêter la roue…Je pourrais être tenté de crier à l’injustice mais je n’en ferai rien. Je m’apprête à perdre mon port d’attache, mon guide, mon père… Et j’ai peur!

Depuis un bon bout, j’ai joué l’homme fort! Celui qui comprend, celui qui accepte…Mais je n’en peux plus. Plus l’heure approche, plus je décroche! Et je me sent lâche car lui vie ca sereinement, avec une lucidité qui fait peur… Il a accepté son sort. Compris que malgré ce qu’il l’attend, son combat aura quand même été gagné. Et quand je pense à tout ses connards qui se battent au nom de dieu….Foutaise! Il n’y a pas de justice divine, pas de dernière chance, pas de compromis. La vie est une saloppe que je combatterai jusqu’a mon dernier souffle, j’en fait la promesse solonel…

Plus jeune, disons que j’aimais bien jouer dans la cours des mauvais garcons. Je me plaisais à croire que j’étais un caid, tout comme eux. Mais en fait, pour être un vrai dure, ca prend des putains de grosses couilles et comme on dit dans leur jargon, ca prend des reins solides! 2  choses que je ne possedais  pas alors mon cheminement dans ce monde d’arnaque, de drogue et de gros sous se ferait court et discret. 

Avec le temps, j’avais quand même réussis à me faire de « bon » contact. Donc, je remonte en 1999 ou en 2000, je ne  sais plus trop. J’étais assis à mon petit bar préféré en train de pratiquer mon sport favoris, boire de la tequila, quand Edmond (nom fictif), mon voisin, entra. Edmond est ce qu’on pourrait appeler un caid silencieux. Un mec connue de tout le monde au village, respecter, belle famille, bon boulot, le tout pour passer inaperçue. Mais ceux qui le connaissaient vraiment savaient plus que bien qu’il était tout sauf tranquille! En fait, il touchait à tout : Voitures volées, drogues, prêt usuraire, etc.  Il me proposa un travail qui habituellement ne m’aurait jamais intéressé mais j’étais plutôt à cour de fric alors je fini par cèder à la tentation.  

Le travail consistait me rendre en voiture à Toronto. Une fois la, je devais rencontrer mon contact à un endroit spécifique, prendre ce qu’il avait à me donner et apporter le tout au   Québec. Et ce, sous escorte de deux Gorille plutôt épeurant, qui transportait avec eux l’argent et les bras en cas de problème.  

Dimanche matin, 5h am, nous partons pour cette merveilleuse aventure! Sois dit en passant, je devais faire le trajet aller retour dans la même journée donc pas le temps d’arrêter pisser au demi-heure! Mes 2 Gorilles me suivait a bord du camion BMW ( hé oui, y m’en arrive des truc avec ses foutu véhicule) parce qu’on sait tous que 2 mec baraqué comme Rocky dans un camion a 70 000$, ca passe inaperçus… Une fois rendu sur place, ils me laissèrent seul dans le quartier chinois dans un coins ou je sais plus que bien que je ne suis pas le bienvenue. Un petit resto ou le ¾ de la mafia chinoise bouffe en même temps. Je peux vous dire que je ne faisais pas de vague. J’aurais même aimé rentré en dessous de mes tapis sauve pantalon! Une heure a attendre dans ma voiture comme un con tout en m’imaginant les pires des scénario!  

Finalement, mes deux champions finirent par revenir au bercaille. Sauf que la, rien n’allais plus…Il Manquait 5 000$ putain de dollars et dieu sait que les mecs avec qui ont allaient faire affaire n’étais pas du genre à perdre leur temps. Tout était en train de foirer, ma paye aussi! Alors Sylvester et Arnold décidèrent que tout était fini et qu’on retournait au Québec les mains vident! Wow, 7 h de route, 1 heure à chier dans mes culottes ,70 $ de gaz, tout ca pour pas faire une cenne noir?? Je ne suis pas gros, je ne suis pas méchant mais je suis pas con! Disons que j’étais pas vraiment content mais bon, j’étais qui moi du haut de mes 120 LBS du temps pour aller dire à ces deux culturistes sur-entrainé que je voulais être payé quand même?  

Alors comme de mauvais pêcheurs, nous prîmes le chemin du retour bredouille sachant plus que bien que Edmond n’allait vraiment pas être content mais bon, c’étais tout sauf mon putain de problème! Moi, ce que je voulais, c’est d’être payé pour tout le temps que je venais de perdre!  

C’est la que les choses commencèrent à se gâter…Dans leur grosse parisienne, deux mecs me suivaient de proche…En fait, de trop proche! Un peu  comme des mec qui m’en veulent. Et en tant qu’enragé de la route, habitué à « dealer » avec de telle connard, en guise de message claire, je donnai un petit coup de freins, juste pour leur faire comprendre qu’ils étaient un peu trop proche…Ce fut la plus grosse gaffe de ma vie! Oui, le mec pris du recule mais pour prendre un plus grand élan pour me rentré dans le cul! Oui oui!  Le fou ma rentrer dedans, sans me faire de dommage mais asser pour que je pète les plombs! Alors je mis ma mains entre mon banc et ma porte et qu’est ce que j’y trouvai?? Easton en aluminium! Je me mis a agité furieusement mon bâton en lui faisant signe de se coller…Je suis pas violent, je vous le dit! Mais eux, je leur en aurais foutu tout une!! Les mecs avaient vraiment dépassé les limites de ce que je pouvais endurer! Sauf que ce que bibi avait pas vue, c’est le camion plate-forme qui s’en venais sur ma droite a toute vitesse surement pour me rentrer dans le muret de béton.  Je l’évitai de justesse! À 2 poils du carambolage! La circulation étais plutôt fluide, il faisait un gros soleil, tout le monde venais de voir ce qui c’étais passer mais bon, être un petit noir avec une plaque du Québec en Ontario peut parfois être une mauvaise idée! En fait, ce que je venais de comprendre, c’est que les 4 mecs étaient ensemble et je crois qu’ils en voulaient a ce que j’étais supposé avoir dans ma voiture. Pour la première fois de ma vie, je rêvais de me faire arrêter par la police! Alors j’accélérai jusqu’à mes deux caid  en leur faisant de gros signe leur montrant les fous qui me courrais après mais les 2 mecs en avait rien à foutre et me firent signe qu’ils ne feraient rien et de me pousser! Je leur montré mon plus beau doigt d’honneur et je crissai la pédale à fond pour me pousser le plus loin possible, le plus vite possible! 

 Ma vitesse de croisière se situait entre 170 et 180 km/h…Preuve que je ne paniquais pas du tout! Je roulai ainsi une bonne dizaine de minutes dans l’espoir que mes joyeux luron lâcheraient prise mais ce ne fut pas le cas…Dans mon miroir, je les voyais arriver a tout vitesse alors je compris que la partie était loin d’être gagné…Alors le Jacques Villeneuve en moi se réveilla et je roulai a un train d’enfer pendant près de 3 heures, jusqu’à ce que ma lumière à essence allume. Après m’être perdu pendant plus de une heure avant de réussir à retourner sur la bonne autoroute, par le plus pur des hasards, je me retrouvai cote à cote avec Arnold et Sylvester qui tout a coup avais l’air pris de remord et me suppliais de me coller sur l’accotement…Ils venaient probablement de comprendre que je me dirigeais subito presto chez Edmond question de lui dire que ses associés étaient de top connard et que même moi, quand j’avais 16 ans et que je faisais de la petite « business de bas  étages » au secondaire, je faisais déjà  mieux qu’eux! (chose que je lui ai vraiment dit et de façon pas mal plus cavalière que ce que je viens de vous dire..genre avec les yeux sorti de la tête en criant comme un total psychopathe ) Ils s’excusèrent à coup de 100 $ et rendu a 500$, je décidai que je pouvais arrêter de crier et qu’il était maintenant temps pour moi d’aller voir Edmond pour lui refaire le même petit scénario…Je compris alors que ma journée ne serait peut-être pas complètement perdu! J’allais quand même réussir à leur faire cracher encore quelques billets de 100$.  Je sautai dans ma voiture et repartis en trombe pour être sur d’arriver la bas avant eux, question d’avoir quelques minutes pour discuter seul à seul avec mon voisin…et surtout question de lui faire sortir le « bacon » avant qu’il sache que les deux autres en avait déjà cracher. Je réussis a lui soutirai tout ce qu’il lui restait en poche, donc 300$…Parce que lui aussi avait l’habitude de s’excuser a coup de 100$  

J’ai crue pendant un certain temps faire parti de ce monde…J’ai gouté à l’argent facile mais j’ai vite compris que n’en vivrais pas!  Alors me voila maintenant assis dans mon bureau en train d’écrire ce petit texte tout en me disant que je  ne suis peut-être pas riche, je n’ai pas la grosse bagnole à 70 000$ mais je sais qui je suis…ou plutôt, qui je ne serai jamais!

 

Vendredi soir, 13 juillet, 11h30pm. Je pars de chez moi en direction du 8, un ptit bar avec quelques tables de pools. Fait à noter, c’étais bar open pour 30 $ à partir de 11h je crois. À moins que ce soit minuit…On s’en fou!

Alors je suis a + ou - 800 mêtres de chez moi et je suis un BMW X5 surement plutot récent(chaussé avec du michelin diamaris…et oui, j’ai encore regarder ses pneus!!!) Tout à coup, il accélère rapidement..Alors je me dit qu’il veux jouer avec moi un peu…Faut dire qu’avec ma dodge colt 1993,(verte…ok,ok elle est turquoise!!) j’étais le candidat favoris pour une petite course!! Alors je le laisse aller…Surtout que c’est le commencement des vacances de la construction et je sais trop bien que la police à l’oeil alerte alors pas de follerie…D’un coup sec, il ralentit et se mit à conduire de manière plutot erratique. Pas de panique, une petite pression sur les freins et me voila asser loin pour ne pas être perturbé par ses prouesses! Et pouf, un flash…Le mec doit être complêtement bourré et dans ma petite tête, je vois très bien les 2 prochaines courbes qui s’en viennent! Et avec un camion de cette puissance, totalement saoul, j’aurais surement fait la même choses que lui…Ce qui veux dire sauté le fossé et rentrer dans les arbres!

C’étais comme regarder un émission avec des poursuites policières et des accidents mais dans mon auto…Irréaliste! Alors je m’arrête sur le bord de la rue sur un coup de freins a main(j’en rajoute pour la forme!!) et sans pensé a rien, je saute le fossé! Mais il n’avait pas fini…son camion était pas mal ammoché mais pas asser pour qu’il ne fontionne plus! La, Monsieur voulait sortir son camion de la et au plus criss! Je le voyais par la fenêtre du chauffeur avec sa coulé de sang dans le front(encore pour la gallerie, en fait, c’étais une tout ptite coulé…) les dents serrées, en train de marmoner quelques choses du genre”inquiète toi pas le jeune, ca va sortir de la”! Mais il avait tout faux!! Tout les fois qu’il reculait, il grimpait sur de grosses roches(grosses roche est généreux..je dirais plus des “osti” de grosses roches!) et en débarquait avec des flamêches qui sortait de partout!(ce coup la, c’est vrai!!)

 Alors le super-héros en moi me dicta d’aller lui dire d’arrêter ca! Je courrais à coté du camion en cognant dans sa vitre tout en lui criant d’arrêter mais je crois que l’alcool lui avait affaiblie l’audition aussi…Après trois ou quatres monté triomphale sur le mont flamêche, il fini par descendre sa fenêtre! Alors mots pour mots, je lui dit:-”taba…té saoul mister!!! Met ca au “park “30 secondes, on va parler!!” Alors je lui explque gentillement qu’il est en train de tout déviargé le dessous de son beau truck a 70 000$ pis que son “houd” et son “bumper” sont pas en meilleur état et que selon moi, jamais il ne réussirait a repasser se fossé et qu’il devrait sacrer son camp de la…À moins qu’il ne préfère perdre son permis, son camion, sa dignité même…

Bon, je suis pas pour la conduite en boisson…Loin de la. Mais je suis dabord et avant tout  un gars compréhensif qui a été juste chanceux que ca ne lui soit jamais encore arriver! Non, j’ai pas l’habitude de chauffer saoul mais je vous mentirais en vous disant que je l’ai jamais fait! Et en plus, il n’y avait aucun blessé, appart une bonne “scratch” dans le front du mec et quelques arbres de légèrement écorché!(mais je suis humain..si il venait de frapper un membre de ma famille, j’aurais un tout autre discours..) Donc je lui propose de l’ammené au dépanneur le plus prêt pour qu’il puisse appeller quelqu’un qui pourrais bien venir le chercher. Mais le mec est plutot mellé-mellé et faut que je lui répète tout 2 fois avant que ca rentre..

Il fini par comprendre que j’essayais vraiment de l’aidé et pris la décision de me suivre. Je lui fit me donner ses clef(quand même, pas fou le mec..) J’arrive au dépanneur, je me stationne a coté de la cabine téléphonique et je le vois sortir son tréo…Un gros putain de cellulaire à 500 balles! Je me sens un peu lache de le laissé seul alors j’attend pour être sur qu’il sois capable de s’arrangé. Question d’écourter ma fameuse soirée bar open, monsieur n’est pas capable de rejoindre personne. Sauf que la, bibi a beau être gentil mais il a mieux a faire que de rêgler les problèmes d’un mec qui a trop picollé! Mais non…je le laisse me convaincre d’aller le reconduire chez lui, a 10 minutes de la…Il est rendu minuit et j’ai encore 25 minutes de route a faire mais moi, pas capable de laissé quelqu’un dans la merde, je dit oui!

Oups, petit détour, le mec a laissé plein de fric dans son camion et qui va aller le chercher? Bin oui…je vais lui laisser ses clefs moi!! Alors je le mets en confiance et je lui dit que c’est moi qui vais aller dans le camion chercher son fric..Et pas parce que ca lui tentais vraiment mais plus parce qu’il aurait surement pas réussis a sauté le fossé a pied, il me laissa y aller. Gentillement, je lui rapporte sa belle grosse enveloppe pleine de $$$. Et le gars n’en reviens tout simplement pas! Il me demande pourquoi je fais tout ca pour lui, pourquoi je suis si cool avec lui. Et il veux me donner 200$! (maudit que c’est pas payant d’être un bon gars!!)Alors je lui dit que je fais pas ca pour le blé, je le fais parce que c’est la moindre des choses et surtout, que je voulais être sur qu’il ne reprendrait pas son camion. Alors il me dit que n’importe quoi que j’ai besoin dans la vie, j’avais qu’a l’appellé et je lui dit: “j’ai pas besoin de rien..je veux juste aller au bar au plus sacrant!” Et il me répond: ” arrête de faire le cave..tout le monde a besoin de quelques choses dans la vie…” Mais sa finale était merveilleuse…Il dit alors:”a shit, ques ma dire a ma femme?!!!” Trop drole!

 Enfin, on arrive chez lui. Il prend alors mon paquet de cigarette et m’inscrit son numéro de cellulaire et me dit qu’il est le patron d’une compagnie de construction(c’est de la qu’est parti la brosse!!!) et que si je voulais une job ou quoi que ce soit, de le contacter. Il pris mon numéro de téléphone en note et mon e-mail…pas que je voulais mais un mec saoul peut parraitre tres insistant parfois!! Alors durant la demi-heure que ca ma pris pour sortir de son foutu cartier labyrinthe, je pris mon paquet, question de décompresser un peu et dans mon paquet, se trouvait un jolie billet rouge… Et le lendemain, dans mes message, il y en avait un avec le titre”bon samaritin” ou il me remerciait encore me rappellant de l’appeller si j’ai besoin de quoi que ce soit et blablabla…

J’ai tu bien fait, j’ai tu pas bien fait, je sais pas trop..Sur le coup, mon instinct ma dit de faire ca! Ca se repasseait demain, peut-être que je réagirais différement. Le gars avait l’air d’un mec bien. Genre famille, enfants..Parce que vous savez, ca arrive aussi a du monde bien c’est chose la. Et on a tous droit a une chances dans la vie. Je lui ai donné la sienne. En espèrant qu’il ait compris que s’en était une!

p.s.ma soirée s’est fini pas mal dans le même état que le mec..mais j’ai pas repris ma voiture!

Je devais avoir 7 ou 8 ans. Je me rappelle plus ou moins le pourquoi de cette célébration au village, mais il y avait quand même beaucoup de monde ! Je devais planter un arbre juste à côté d’une grosse pierre ornée d’une plaque de métal où on pouvait lire : En mémoire de blablabla…J’avais été choisi pour lire un beau petit texte… Sûrement parce que j’étais le seul petit noir du village (il y avait mon frère, mais j’imagine qu’il avait déjà dû refuser, alors moi, connard, j’ai dit oui..) et dieu sait que c’est « politically » très gagnant de montrer la superbe ouverture d’esprit de la municipalité en utilisant le petit noir de service. (Toute bonne télésérie a son petit immigrant de service, tout le monde sait ça !!) 

Mais je dois avouer que ce petit bain de foule, suivi d’applaudissements, m’avait quand même bien amusé. Alors question de donner de la crédibilité à toute cette belle mascarade, je me vis confier le mandat de m’occuper du jeune arbre que nous venions de planter avec tant de fierté, devant notre belle église. Tout l’été, je devais l’arroser deux fois par semaine. Dans nos cours de catéchisme, au primaire, on nous apprenait que Dieu et ses serviteurs étaient toujours là pour nous aider. Pas fou le jeune, je m’étais dit que Marc, le curé de la paroisse, allait sûrement m’aider à transporter la foutue chaudière (que je devais remplir sur le côté du presbytère et qui devait peser une bonne trentaine de livres une fois pleine), qui passait son temps à se déverser dans mes petits souliers et qui était finalement à moitié vide une fois rendue à bon port !  Alors, dans ma naïveté la plus belle, je croyais encore fortement à tout ce qui m’avait été conté durant mes premières années de cours de catéchisme : l’eau changée en vin, la résurrection, et tous ces autres trucs qu’on ne voit habituellement que dans les films ! Mais ce qui m’avait le plus marqué, c’étais le côté charitable de l’Église. Je voyais le prêtre comme un  être parfait. J’y voyais la générosité, la bonté et un amour inconditionnel…Oui, complètement lobotomisé, exactement le but recherché, non ? 

Donc, comme je disais, j’avais eu la  F.B.I. (Fausse Bonne Idée) d’aller demander l’aide du curé que je voyais comme un second père (bon, je pousse un peu, mais ca donne plus d’impact à mon histoire !!)  Alors un samedi matin, après avoir été taper quelques balles de tennis sur le mur de la petite école, je partis avec ma chaudière voir Marc (le curé) et je lui demandai s’il pouvait venir m’aider. Il accepta mais en me disant clairement qu’il n’avait pas de temps à perdre avec ca et que la prochaine fois, je devrais m’arranger avec mes affaires…Wow, la belle claque dans la face ! Et c’était de voir ses yeux quand il me l’a dit ! Parce qu’à part boire du vin de messe et fantasmer sur des paires de fesses (j’espère qu’il ne regardait pas les miennes !!!), faut dire que c’est très occupé, un curé ! Surtout dans une municipalité de 1000 habitants ! Pas comme s’il y avait un mariage par semaine ! Alors tout ca pour vous dire que c’est à 8 ans que j’ai perdu la foi… alors quand est arrivé le moment de choisir entre un cours de morale et celui de catéchisme, pas besoin de vous dire lequel j’ai choisi !

 

Alors la question que je me pose : si un jeune garçon de 8 ans est capable de s’apercevoir que toutes ces histoires ne sont que de la frime, comment des peuples entiers peuvent-ils encore se battre au nom de Dieu ? Juste avec les richesses qui se trouvent au Vatican, on pourrait nourrir une grande partie du tiers monde …mais non, vaut mieux avoir une papemobile plaquée or que de faire manger des enfants qui crèvent de faim. Plein le cul d’entendre les discours papaux qui nous implorent d’arrêter la guerre et de partager avec son prochain. Quand t’as un serviteur qui te torche le cul (oui, je sais, j’exagère !), je vois difficilement comment tu peux être proche des vrais problèmes du peuple. Et cette foutue manie qu’ont le monde de tout remettre entre les mains de Dieu… Encore un problème de déresponsabilisation ! Je n’ai pas la prétention de dire qu’il n’y a rien de plus puissant… mais si puissance il y a, elle ne se trouvera surement pas dans les églises ou les mosquées. Toute une belle histoire que l’on nous conte pour nous endormir depuis tant d’années… Sommes-nous faibles au point de croire que toutes les bonnes choses qui nous arrivent soient l’œuvre d’un autre ? Avant de croire en tout ce qu’on peut vous raconter, commencez donc par croire en vous-mêmes, mes frères…                                                     Amen

Kigali, jeudi, 14 h. Ganza (partenaire d’affaires de ma tante Béatrice) et moi nous promenions à la recherche de trucs artisanaux à rapporter à la maison… Je commençais à en avoir plein le cul d’entendre tout ce monde qui klaxonne pour un oui, un non, ou simplement pour montrer qu’ils en ont un ! Faut dire que vu l’état des routes et le nombre de personnes qui y circulent, autant à pied qu’en voiture, sûrement que je jouerais du klaxon moi aussi !Donc, comme je disais, après m’être fait royalement arnaquer par mes frères (parce qu’ils sentent les touristes 10 kilomètres à l’avance !!), nous marchions paisiblement en direction de leur magasin (magasin d’import export), qui se trouve en plein centre-ville de Kigali, quand tout à coup, j’entendis un bruit sourd. En me tournant, je vis ce qui me semblait être un corps qui faisait un joyeux vol plané ! Un homme de plus ou moins 60 ans venait tout juste de se faire frapper par un camion de livraison, et ce, sur un passage à piétons, et sous mes yeux ! Ici, au Québec, tout le monde se serait mis à courir pour porter secours au blessé… Alors j’eus une vision d’horreur : les véhicules et passants contournaient le corps comme on contourne ici un bout de « muffler » qui traîne sur le chemin ! Alors, sans perdre de temps, je courus porter secours au monsieur, qui, soit dit en passant, saignait du nez, des oreilles, et des yeux… La face droit dans le pare-brise parce que le camion était un « flat-nose ». Je sais pas s’il était encore vivant. Alors je pris la décision d’arrêter un taxi pour lui demander de l’emmener à l’hôpital parce que les ambulances sont plutôt inexistantes par là-bas! Après une brève engueulade avec le chauffeur de taxi, qui n’avait pas le temps de sauver une vie ce jour-là, je réussis finalement à le convaincre que sans lui, le monsieur allait sûrement mourir. Alors, comme tout bon « leader », je pris le temps d’expliquer aux 3 ou 4 passants qui avaient encore une once de conscience comment prendre la victime sans lui briser le cou pour pouvoir la mettre dans le taxi. Je sentais que ça commençait à brasser en arrière de moi, mais j’étais trop occupé à coordonner les mouvements de chacun pour m’apercevoir qu’en fait, l’homme qui venait de se faire frapper travaillait dans l’imprimerie qui se trouvait juste de l’autre côté de la rue. En fait, le bruit que j’entendais, c’étaient les collègues du monsieur qui commençaient à s’énerver tout en cherchant le chauffeur du camion (qui tentait de se cacher à travers la foule). On mit le corps inerte dans le taxi, qui prit immédiatement le chemin de l’hôpital…

Je croyais être au bout de mes émotions, mais j’étais loin de m’attendre à voir ce que j’allais voir : les collègues de la victime finirent par trouver le malheureux chauffeur… Alors ce qui devait arriver arriva ! Un gros monsieur de + ou - 250 lbs se mis à lui taper à la figure avec une force que j’avais rarement vue… Juste des tapes ! Mais des putains de méga tapes d’homme ! Après, il passa au coup de poing qui se faisait de plus en plus puissant… Il était complètement hors de lui ! J’avais beau crier pour qu’il arrête, mais rien à faire… Alors le chauffeur finit par tomber par terre. C’est là que les coups de pied se mirent à voler de tout bord tout côté ! Mais maintenant, ils étaient rendus 5 ou 6 à lui taper dessus ! Je me rappellerai toujours… il y avait un ptit vieux, avec sa canne de métal, qui le frappait au visage, pendant que le gros lui sautait à pieds joints dans l’estomac. J’entendis ses côtes craquer… Alors je me mis à crier et à taper sur les gars pour qu’ils arrêtent, mais c’est comme si je n’existais pas. Les militaires faisaient semblant de les séparer mais les lâchaient aussitôt pour pouvoir profiter du spectacle ! Je dois être honnête avec vous, j’en ai pleuré tellement j’étais impuissant ! Je vous jure, j’ai tout fait pour les arrêter, mais ça commençait à brasser pas mal, alors Ganza me prit de force par le bras, m’emmena au loin et me dit : « C’est fini Pascal… tu peux plus rien faire… » Mais j’étais inconsolable parce que je savais très bien que le chauffeur ne survivrait pas à cette attaque… Comme s’il ne payait pas déjà assez ! J’ai vu dans ses yeux les regrets ! Mais eux, non…

J’aurais pus vous parler des beaux paysages, mais je ne les ai pas vus… C’est comme si tous les souvenirs que j’avais étaient en noir et blanc. Oui, les voyages peuvent former la jeunesse, mais ils peuvent aussi la détruire… Ce voyage m’a coûté mon innocence. Je n’étais pas prêt à ça… personne ne sera jamais prêt à ça ! Je ne regrette pas, mais si c’était à refaire, je m’informerais beaucoup plus en vue de savoir dans quoi je m’embarque… Allez en paix… À suivre…

Il y avait mon oncle Jean-Baptiste… Un intello de la lignée la plus pure. Il me faisait un peu penser à un sage. Ouais… Ça, c’est ce que je me disais avant qu’il décide de me prendre pour le messager du génocide rwandais. J’étais celui qui apporterait les preuves ! Celui qui expliquerait le comment du pourquoi… Expliquer quelque chose que je n’avais même pas encore compris. Expliquer l’inexplicable ! Personne comprenait ce qui s’était passé mais moi, du haut de mes 17 ans, je devais comprendre et passer le mot… Merci du contrat qui me hante encore…

Alors, pour être vraiment sûr que je ressente la dureté de la chose, mon oncle décida de m’emmener dans une certaine église, dans un village appelé Nyamata. Pour se rendre là-bas, de Kigali, je dus me taper 1 heure de minivan Toyota remplie à craquer de militaires presque tous plus jeunes que moi et tous plus armés que Rambo ! En plus, le chauffeur devait être celui duquel vient l’expression « avoir eu son permis dans une boîte de Cracker Jack ! » Le trajet le plus périlleux que j’ai jamais fait !

 Alors sautons le superflu et passons aux choses sérieuses. Une fois rendus sur place, il nous fallut marcher + ou - ½ heure, le temps parfait pour que mon oncle puisse m’expliquer ce qu’il m’emmenait voir… mais je vois pas ce que ça donnait parce que jamais au grand jamais je ne pouvais me préparer à voir ce que j’allais voir !!! Au loin, j’aperçus l’église… pour ensuite voir un abri fait avec des toiles de l’ONU. De loin, je crus voir des crânes… mais je me disais que ça ne devais pas être ça parce qu’il y en avait beaucoup trop… Plus j’avançais, plus tout devenait clair… c’était vraiment des crânes ! 5 000 putains de crânes ! Alors là, j’étais plus sûr de vouloir y aller, mais vu mon mandat (le fameux mandat de mon oncle) je pris mon courage à deux mains. C’était comme dans un cauchemar… Des gros crânes, des plus petits, des cassés à coups de machette, des troués de balles, des crânes d’enfants… beaucoup trop de crânes d’enfants… Et tout autour, des tables remplies d’ossements en état de décomposition plus qu’avancée. Je me rappelle d’une fameuse paire de joggings qui contenait encore une paire de jambes… mais plus de haut du corps. J’imagine le mec qui s’est tapé le boulot du tri des ossements ! Putain de job ingrate, non ? Comme un zombi, je pris des photos …comme si j’en avais besoin ! Ces choses-là restent gravées dans une tête pour toute une vie… Mais fallait que les autres voient, c’est ce que mon oncle avait dit !Mais encore là, j’avais rien vu… j’étais même pas encore entré dans l’église ! Parce que là, le choc m’attendait. L’odeur de la mort… juste d’y penser, les frissons me transpercent le corps. Tout était sans dessus dessous, des restes qui n’avaient pas encore été ramassés traînaient un peu partout, à travers les bancs d’église… Et il y avait ce bruit… comme s’il y avait des millions de mouches en dessous des restes, sauf qu’on ne voyait aucune mouche… Et au milieu, sur l’autel, la Bible… entourée de 3 crânes ! Une Bible qui lance un message de paix, mais qui prouvait l’inaction de celui qu’on appelle Dieu ! (Dieu notre sauveur mon cul, ouais !) En fait, dans cette église, il y avait 5 000 Tutsis qui s’étaient réfugiés, croyant être à l’abri, sous l’aile de Dieu et de ses messagers les prêtres… Et ce fameux prêtre, par peur de représailles (parce que aider des Tutsis était punissable de mort !) appela un des chefs hutus pour lui dire qu’il y avait des Tutsis à éliminer dans sons église. Alors pendant la nuit, il défoncèrent un mur à la grenade et tuèrent tout le monde qui s’y trouvait. Plus souvent qu’autrement à coups de machette, question d’être sûr que la personne souffre un peu avant de mourir…

Bon, aussi pathétique que ça puisse l’être, je vous laisse pour aller dîner parce que, oui, même après une si belle histoire, je réussis à trouver de l’appétit… Parce qu’avec le temps, ces images sont devenues habituelles dans ma tête, alors je réussis maintenant à vivre avec. Je ne prétends pas être équilibré pour autant… non, loin de là, sinon je serais pas en train de vous conter tout ça ! Vous me servez de psy ! Je me vide l’âme sur vous… en espérant ne pas trop vous affecter ! À suivre…

Le soleil était chaud… J’étais encore très fatigué, sûrement à cause de la longueur de mes nuits… 2, 3 heures tout au plus ! Difficile de s’endormir quand on s’imagine entendre des coups de feux et des cris… Sans parler de ces foutus moustiques qui s’abreuvent de nuit, question de me faire paniquer un peu plus ! Désolé, mais je ne suis pas un « bar open » à bébittes ! Faire ça pendant mon sommeil… traître ! (C’est un peu comme profiter d’une fille trop saoule… vraiment pas cool, ça !)Mama (surnom de ma grand-maman) était dans son côté de la maison (la maison étant séparée en 2 sections avec une espèce de toit qui les unit), assise tranquille, à regarder les enfants jouer… Là-bas, pour un jeune homme de 16 ans comme moi, c’était un manque de respect de fumer devant mes aînés… sauf que ce que la majorité de ma famille ne savait pas, c’est que chaque matin, je traversais en cachette voir Mama et je lui donnais une dizaine de cigarettes, qu’elle s’empressait de cacher soigneusement en dessous de son lit avant de me remercier d’un merveilleux sourire, un bec dans le front et un merci dans une langue que je ne connaissais pas… Pendant un mois de temps, j’ai entretenu une relation très exceptionnelle avec une femme qui ne comprenait absolument rien de ce que je pouvais lui dire. C’était fort, plus que les mots ! C’était dans ses yeux, je sentais l’amour pur, celui qu’on recherche tous un jour ou l’autre… Elle me contait des histoires que je ne comprenais pas mais que j’écoutais avec passion tout en m’imaginant qu’elle me racontait la jeunesse de ma mère, sa fille… J’aurais aimé être capable de lui dire à quel point sa fille avait été une bonne mère. J’aurais aimé qu’elle sache… que sa fille est morte de chagrin, tellement elle s’ennuyait d’elle… en fait, de tout ceux qu’elle se sentait coupable d’avoir laissé tomber.Pas facile… je m’arrête, le temps de faire le point. Encore une fois, à suivre…

 

Encore une nuit blanche à imaginer les rebelles hutus qui débarquent dans ma chambre armés de machettes et de bons vieux ak-47… Aujourd’hui est un grand jour ! Je vais visiter le grand marché central. Dire que j’avais hâte… Moi je voyais une espèce de marché Jean-Talon, mais en un peu plus pauvre. Putain, j’avais tout faux… La place à ne pas aller tout seul ! Comment vous décrire… Imaginez plus de 1 000 toiles attachées les unes aux autres, avec quelques piquets pour tenir le tout, et au-dessous, le marché… Le genre d’abris qu’on s’amuse à faire quand on est en camping pour ne pas se faire mouiller (le genre qui tient tout croche avec de la corde à « bèles », qu’on prend en photos et dont on rit avec les copains en se disant qu’on était saouls en criss quand on a monté ça !).Donc ma tante et moi, on avait décidé de se lâcher lousses et d’acheter de la viande (qu’on m’avait formellement interdit de manger au CLSC avant de partir, sauf qu’en tant que carnivore, je ne peux me passer de viandes plus de 2 jours). Alors, étalés sur 5 ou 6 tables plus sales les unes que les autres, se trouvaient plusieurs morceaux de viande teintée de vert et de bleu… Alors les « pseudo bouchers » (des gars avec des sarraus pleins de sang), tout en chassant les mouches de leurs morceaux de viande, essayent de te convaincre que c’est leurs viandes les meilleures… mais en fait, c’est un peu comme ici avec nos politiciens… on ne choisit pas la meilleure mais la moins pourrie ! De la belle viande qui a passé à peu près 4 heures sur une table à 40 degrés Celsius, hum, ça c’est bon… Le pire dans tout ça, c’est que ma tante magasinait ça avec le plus grand sérieux possible… comme si, vraiment, il y avait sur cette table de la viande meilleure que d’autre. Pendant qu’on était en admiration devant cette beauté bovine, je surpris 2 jeunes rwandais qui essayaient de piquer mes choses dans mon sac à dos… les ptits criss, ils ne m’ont pas eu… Je mis alors mon « pack sack » par en avant : essayez-vous maintenant !… Bon, faut que je travaille un peu à travers tout ça… À suivre !

 

Alors me voici au Rwanda, content d’enfin pouvoir toucher la terre de mes racines (jeu de mots, mots de jeu). Je fus accueilli par ma famille (que je n’avais, soit dit en passant, jamais vue…). En arrivant chez ma tante, je vis un gros tam-tam comme on en voit dans les films ! Alors, comme tout « black » ayant le beat dans le sang, je me mis à en jouer jusqu’à ce que je voie les yeux de ma tante changer. Elle m’expliqua donc que lors du génocide, les Hutus se servaient des tam-tams pour s’envoyer des messages… C’est là que je compris dans quoi je venais de m’embarquer. J’allais maintenant vivre les semaines les plus dures de toute ma vie.

Au matin, je me levai avec une envie incontrôlable de me taper 2 bons œufs avec du bacon… « Youhou, mon coco, t’es à Kigali, là !! » Alors, je dus m’habituer à manger des céréales importées des U.S.A. (à 10 $US la putain de boîte… pour arrêter la guerre, sont pas là, mais pour fourrer le monde, là y sont là, les Américains !!) avec du lait Carnation et du bon pain sec… Comme en prison !! Sauf que là, personne a rien fait de mal pour être obligé de mangé ça… sont juste pas nés à la bonne place ! Juste pour vous donner une petite idée, la seule fois où j’ai vu du vrai lait, il était jaune, plein de grumeaux, chaud parce qu’il venait d’être bouilli pour fins d’homogénhéisation (fuck les fautes…), mais encore là, c’est pas si pire… Quand j’ai vu la vache qui l’avait donné… ouf ! Je vous jure, ça a du lui prendre un an avant de donner tout ce lait ! Elle devait peser à peine 120 lbs ! Une vache ! Ma décision était prise, je ne boirais pas de lait ce mois-ci !

Alors, en cette première journée de visite en terre inconnue, j’eus droit à mon premier traumatisme… Avec un copain à ma tante, on flânait à l’extérieur du bureau, alors je vis une femme d’une soixantaine d’années se faire lutter par une moto. Taba… qu’elle a revolé, la pauvre, je vous jure… c’était pas beau. Ce qui est drôle (en fait, non, c’est pas drôle), tout le monde s’en foutait. Comme si rien ne s’était passé! Il y a juste le mec de la moto qui s’est arrêté, et on voyait que ça faisait pas partie de son horaire du temps. Mais il finit quand même par faire une place à la dame sur sa moto pour l’emmener à l’hôpital (bien sûr, personne ne s’offrait pour y aller). Ici, une chose comme celle-là arrive, on bloque la rue, le monde se bat presque pour aider… Alors je vous laisse sur cette histoire, qui sera la plus douce, car la vraie merde s’en vient, promis…

 

Alors j’étais rendu où ? Ah oui ! les « putain de gros maringouins »… donc j’étais pas encore parti que j’étais déjà en mode paranoïa… Mon père, étant un homme méticuleux à en frôler l’excès, me prépara un plan d’action qui m’expliquait …tout ! Je vous jure, une précision pas possible ! Je vous donne une petite idée du trajet pris pour me rendre la bas : Départ de Dorval (qu’on appelle maintenant l’aéroport Pierre-Elliott-Trudeau… pas de quoi être fier !). Transfert d’avion à Boston en direction de Bruxelle­s. De Bruxelles jusqu’à Paris en tgv. Passe une semaine à Paris, retour à Bruxelles en train de nuit, départ pour le Rwanda par Sabena Airlines. Retour du Rwanda, escale au Kenya. Du Kenya, vol vers Bruxelles, transfert à Bruxelles. De Bruxelles, vol vers New York, et finalement, de New York à Montréal… et tout ça sans aucun retard, sans aucune valise perdue… Pour un ptit gars de 16 ans qui avait jamais pris l’avion, ça prenait tout un plan sans faille pour réussir ce tour de force ! Merci popa !

Alors pour ce qui est de la France, j’y ai visité tout ce qu’il était possible de visiter en une semaine, donc la tour Eiffel, le Louvre, la basilique St-Denis, l’Arc de Triomphe, le cimetière du Père-Lachaise, Versailles et quelques autres endroits  dont j’ai oublié les noms. En fait, ça aurait été beaucoup mieux si j’avais fini mon voyage en France… j’en aurais sûrement gardé un meilleur souvenir. Moi, quand je les entends dire que les voyages forment la jeunesse, c’est drôle, mais je suis plus ou moins d’accord. Dans mon cas, mon voyage a un peu détruit ma jeunesse. Mettons que j’étais plus ou moins prêt à affronter cette réalité qui était tout sauf la mienne. T’as beau savoir qu’il y a eu un génocide, mais jamais au grand jamais un jeune de 17 ans ne peut s’attendre à ça… En fait, personne n’est jamais prêt pour ça…Après avoir goûté au luxe de l’Europe (Paris pour être plus précis) j’étais fin prêt à aller détruire ma belle vision de la vie à Kigali… la ville aux mille et une collines… et aux 900 000 morts…. Oui oui, j’étais au courant. Sauf que être au courant et être prêt à affronter sont 2 choses complètement différentes.

De l’avion, ma première vue de Kigali fut un gros nuage de fumée, comme si il y avait des feux de forêt partout, mais c’était en fait les habitants qui faisaient brûler leurs déchets un peu partout. Alors à ma descente de l’avion, je peux vous dire que je me sentais pas gros dans mes ptites shorts… En entrant dans ce qu’on ose appeler « l’aéroport », je mis les pieds dans un trou d’obus. Alors je fis un tour de tête vite fait pour avoir une petite idée de l’ampleur de la gaffe que j’avais commise, c’est-à-dire mettre les pieds au Rwanda. Toutes les fenêtres étaient trouées de balles et je fus accueilli par un militaire qui devait avoir au maximum 14 ans avec un ak-47 en mains… À suivre…

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