Mais où était-il, ce jour-là ?

Il y avait mon oncle Jean-Baptiste… Un intello de la lignée la plus pure. Il me faisait un peu penser à un sage. Ouais… Ça, c’est ce que je me disais avant qu’il décide de me prendre pour le messager du génocide rwandais. J’étais celui qui apporterait les preuves ! Celui qui expliquerait le comment du pourquoi… Expliquer quelque chose que je n’avais même pas encore compris. Expliquer l’inexplicable ! Personne comprenait ce qui s’était passé mais moi, du haut de mes 17 ans, je devais comprendre et passer le mot… Merci du contrat qui me hante encore…

Alors, pour être vraiment sûr que je ressente la dureté de la chose, mon oncle décida de m’emmener dans une certaine église, dans un village appelé Nyamata. Pour se rendre là-bas, de Kigali, je dus me taper 1 heure de minivan Toyota remplie à craquer de militaires presque tous plus jeunes que moi et tous plus armés que Rambo ! En plus, le chauffeur devait être celui duquel vient l’expression « avoir eu son permis dans une boîte de Cracker Jack ! » Le trajet le plus périlleux que j’ai jamais fait !

 Alors sautons le superflu et passons aux choses sérieuses. Une fois rendus sur place, il nous fallut marcher + ou – ½ heure, le temps parfait pour que mon oncle puisse m’expliquer ce qu’il m’emmenait voir… mais je vois pas ce que ça donnait parce que jamais au grand jamais je ne pouvais me préparer à voir ce que j’allais voir !!! Au loin, j’aperçus l’église… pour ensuite voir un abri fait avec des toiles de l’ONU. De loin, je crus voir des crânes… mais je me disais que ça ne devais pas être ça parce qu’il y en avait beaucoup trop… Plus j’avançais, plus tout devenait clair… c’était vraiment des crânes ! 5 000 putains de crânes ! Alors là, j’étais plus sûr de vouloir y aller, mais vu mon mandat (le fameux mandat de mon oncle) je pris mon courage à deux mains. C’était comme dans un cauchemar… Des gros crânes, des plus petits, des cassés à coups de machette, des troués de balles, des crânes d’enfants… beaucoup trop de crânes d’enfants… Et tout autour, des tables remplies d’ossements en état de décomposition plus qu’avancée. Je me rappelle d’une fameuse paire de joggings qui contenait encore une paire de jambes… mais plus de haut du corps. J’imagine le mec qui s’est tapé le boulot du tri des ossements ! Putain de job ingrate, non ? Comme un zombi, je pris des photos …comme si j’en avais besoin ! Ces choses-là restent gravées dans une tête pour toute une vie… Mais fallait que les autres voient, c’est ce que mon oncle avait dit !Mais encore là, j’avais rien vu… j’étais même pas encore entré dans l’église ! Parce que là, le choc m’attendait. L’odeur de la mort… juste d’y penser, les frissons me transpercent le corps. Tout était sans dessus dessous, des restes qui n’avaient pas encore été ramassés traînaient un peu partout, à travers les bancs d’église… Et il y avait ce bruit… comme s’il y avait des millions de mouches en dessous des restes, sauf qu’on ne voyait aucune mouche… Et au milieu, sur l’autel, la Bible… entourée de 3 crânes ! Une Bible qui lance un message de paix, mais qui prouvait l’inaction de celui qu’on appelle Dieu ! (Dieu notre sauveur mon cul, ouais !) En fait, dans cette église, il y avait 5 000 Tutsis qui s’étaient réfugiés, croyant être à l’abri, sous l’aile de Dieu et de ses messagers les prêtres… Et ce fameux prêtre, par peur de représailles (parce que aider des Tutsis était punissable de mort !) appela un des chefs hutus pour lui dire qu’il y avait des Tutsis à éliminer dans sons église. Alors pendant la nuit, il défoncèrent un mur à la grenade et tuèrent tout le monde qui s’y trouvait. Plus souvent qu’autrement à coups de machette, question d’être sûr que la personne souffre un peu avant de mourir…

Bon, aussi pathétique que ça puisse l’être, je vous laisse pour aller dîner parce que, oui, même après une si belle histoire, je réussis à trouver de l’appétit… Parce qu’avec le temps, ces images sont devenues habituelles dans ma tête, alors je réussis maintenant à vivre avec. Je ne prétends pas être équilibré pour autant… non, loin de là, sinon je serais pas en train de vous conter tout ça ! Vous me servez de psy ! Je me vide l’âme sur vous… en espérant ne pas trop vous affecter ! À suivre…

3 réflexions au sujet de “Mais où était-il, ce jour-là ?”

  1. Tu sais tu ma fait pleurer je pensais jamais que ca t’avais marqué autant, dans notre petite jeunesse tu en parlais pas vraiment(c’étais peut etre trop frais dans ta tete)ou je n’étais pas assée attentive a tes paroles (je m’en excuse) j’ai ete une personne a qui tu as montré ces photos horible mais en meme temps telement mystérieuses, imagine toi j’ai vue seulement des photos et elles sont encore dans ma tete je me souviens…….terrible.
    Pourquoi tu m’as pas ….parler de tout ca…je me sent vraiment lache de t’avoir laissé seul avec la tete pleine de souvenirs qui te trouble encore l’espris.
    J’aimerais reprendre ou on avait laisser….
    Cé a dire vers le 5 novembre 1996.x.x.x.x.x.

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