Quand ca frappe…

Kigali, jeudi, 14 h. Ganza (partenaire d’affaires de ma tante Béatrice) et moi nous promenions à la recherche de trucs artisanaux à rapporter à la maison… Je commençais à en avoir plein le cul d’entendre tout ce monde qui klaxonne pour un oui, un non, ou simplement pour montrer qu’ils en ont un ! Faut dire que vu l’état des routes et le nombre de personnes qui y circulent, autant à pied qu’en voiture, sûrement que je jouerais du klaxon moi aussi !Donc, comme je disais, après m’être fait royalement arnaquer par mes frères (parce qu’ils sentent les touristes 10 kilomètres à l’avance !!), nous marchions paisiblement en direction de leur magasin (magasin d’import export), qui se trouve en plein centre-ville de Kigali, quand tout à coup, j’entendis un bruit sourd. En me tournant, je vis ce qui me semblait être un corps qui faisait un joyeux vol plané ! Un homme de plus ou moins 60 ans venait tout juste de se faire frapper par un camion de livraison, et ce, sur un passage à piétons, et sous mes yeux ! Ici, au Québec, tout le monde se serait mis à courir pour porter secours au blessé… Alors j’eus une vision d’horreur : les véhicules et passants contournaient le corps comme on contourne ici un bout de « muffler » qui traîne sur le chemin ! Alors, sans perdre de temps, je courus porter secours au monsieur, qui, soit dit en passant, saignait du nez, des oreilles, et des yeux… La face droit dans le pare-brise parce que le camion était un « flat-nose ». Je sais pas s’il était encore vivant. Alors je pris la décision d’arrêter un taxi pour lui demander de l’emmener à l’hôpital parce que les ambulances sont plutôt inexistantes par là-bas! Après une brève engueulade avec le chauffeur de taxi, qui n’avait pas le temps de sauver une vie ce jour-là, je réussis finalement à le convaincre que sans lui, le monsieur allait sûrement mourir. Alors, comme tout bon « leader », je pris le temps d’expliquer aux 3 ou 4 passants qui avaient encore une once de conscience comment prendre la victime sans lui briser le cou pour pouvoir la mettre dans le taxi. Je sentais que ça commençait à brasser en arrière de moi, mais j’étais trop occupé à coordonner les mouvements de chacun pour m’apercevoir qu’en fait, l’homme qui venait de se faire frapper travaillait dans l’imprimerie qui se trouvait juste de l’autre côté de la rue. En fait, le bruit que j’entendais, c’étaient les collègues du monsieur qui commençaient à s’énerver tout en cherchant le chauffeur du camion (qui tentait de se cacher à travers la foule). On mit le corps inerte dans le taxi, qui prit immédiatement le chemin de l’hôpital…

Je croyais être au bout de mes émotions, mais j’étais loin de m’attendre à voir ce que j’allais voir : les collègues de la victime finirent par trouver le malheureux chauffeur… Alors ce qui devait arriver arriva ! Un gros monsieur de + ou – 250 lbs se mis à lui taper à la figure avec une force que j’avais rarement vue… Juste des tapes ! Mais des putains de méga tapes d’homme ! Après, il passa au coup de poing qui se faisait de plus en plus puissant… Il était complètement hors de lui ! J’avais beau crier pour qu’il arrête, mais rien à faire… Alors le chauffeur finit par tomber par terre. C’est là que les coups de pied se mirent à voler de tout bord tout côté ! Mais maintenant, ils étaient rendus 5 ou 6 à lui taper dessus ! Je me rappellerai toujours… il y avait un ptit vieux, avec sa canne de métal, qui le frappait au visage, pendant que le gros lui sautait à pieds joints dans l’estomac. J’entendis ses côtes craquer… Alors je me mis à crier et à taper sur les gars pour qu’ils arrêtent, mais c’est comme si je n’existais pas. Les militaires faisaient semblant de les séparer mais les lâchaient aussitôt pour pouvoir profiter du spectacle ! Je dois être honnête avec vous, j’en ai pleuré tellement j’étais impuissant ! Je vous jure, j’ai tout fait pour les arrêter, mais ça commençait à brasser pas mal, alors Ganza me prit de force par le bras, m’emmena au loin et me dit : « C’est fini Pascal… tu peux plus rien faire… » Mais j’étais inconsolable parce que je savais très bien que le chauffeur ne survivrait pas à cette attaque… Comme s’il ne payait pas déjà assez ! J’ai vu dans ses yeux les regrets ! Mais eux, non…

J’aurais pus vous parler des beaux paysages, mais je ne les ai pas vus… C’est comme si tous les souvenirs que j’avais étaient en noir et blanc. Oui, les voyages peuvent former la jeunesse, mais ils peuvent aussi la détruire… Ce voyage m’a coûté mon innocence. Je n’étais pas prêt à ça… personne ne sera jamais prêt à ça ! Je ne regrette pas, mais si c’était à refaire, je m’informerais beaucoup plus en vue de savoir dans quoi je m’embarque… Allez en paix… À suivre…

5 réflexions au sujet de “Quand ca frappe…”

  1. je dois dire que après ce qu’ils ont vécu, je ne peux que les comprendres…mais ca ne veux pas dire que j’accepte par exemple!

  2. je ne pense pas qu’on puisse s’habituer au malheur et je parle en connaissance de cause. C’était tout simplement un hasard, des circonstances qui ont fait que tu assiste à cette scène là bas…

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